Artur Avila redonne des couleurs au Brésil et à la France !

Comme tous les quatre ans, le congrès international des mathématiques, qui s’est tenu cette année à Séoul au mois d’août, a désigné une nouvelle promotion de lauréats pour la médaille Fields. Considérée, d’une certaine façon, comme le prix Nobel de mathématiques, cette distinction récompense les travaux éminents de chercheurs âgés de moins de quarante ans.

Une nouvelle fois, le dynamisme de la recherche française a été célébré avec la nomination d’Artur Avila,  35 ans, directeur de recherche d’origine brésilienne au CNRS, spécialisé dans l’étude des systèmes dynamiques. Cette dernière concerne les conditions de stabilité de mouvements d’astres en interactions par la force gravitationnelle (question extrêmement difficile dès que le nombre d’objets étudiés est supérieur ou égal à trois -Henri Poincaré s’est d’ailleurs « cassé » les dents en s’attelant au sujet*)  comme le regroupement de boules lancées sur des billards de différentes formes (les boules auraient tendance à se regrouper sur de billards carrés ou rectangulaires, mais pas sur d’autres types de surfaces !).

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Artur Avila recevant la médaille Fields des mains de la présidente Sud-Coréenne

Fait encore inédit, le congrès de Séoul, a récompensé une femme :  Maryam Mirzakhani,  chercheuse iranienne exerçant au Etats Unis, spécialiste des géométries sur les surfaces courbes. L’ancienne étudiante de Téhéran a reçu un hommage particulier, teinté de politique, compte tenu de son parcours dans un pays ou l’émancipation des femmes est un combat qui reste à gagner.

La presse a saisi l’occasion pour mettre à l’honneur quelques femmes faisant autorité dans leurs domaines, qui auraient pu prétendre à la distinction suprême. Libération, dans son édition du 27 juillet et Le Monde dans celle du 14 août ont, par exemple, évoqué la carrière de Laure Saint-Raymond, brillante scientifique, benjamine de l’Académie des sciences. Quand elle ne se prête pas à sa passion de violoncelliste (une carrière d’instrumentiste était sa vocation première), cette mère de 6 enfants, se penche sur les équations décrivant l’écoulement de fluides. Décrire les mouvements des fluides dans un tuyau est quelque chose de bien connu ; Laure Saint-Raymond, elle, s’occupe des océans. La difficulté de son travail est la prise en compte de beaucoup de paramètres comme l’influence du découpage des côtes, de la lune et des marées, de la rotondité de la terre, de la force de Coriolis ( force due à la rotation de la terre qui explique que l’eau « tourbillonne » autour du siphon, dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère sud, dans le sens contraire dans l’hémisphère nord, lorsque vous videz votre baignoire)…

Néanmoins, il reste à souligner que ces exemples masquent péniblement la faible représentation féminine dans les laboratoires de recherche en mathématiques. Alors qu’elle s’avèrent plus brillantes que les garçons au lycée ( les résultats  à l’épreuve de mathématiques dans toutes les séries du bac en attestent) les filles ne représentent plus que 30% des élèves de classes préparatoires scientifiques en ne sont plus que 18% à prendre des postes de maître de conférence dans les universités en mathématiques fondamentales **.

Signalons les autres lauréats : Manjul Bhargava, canadien spécialiste de la théorie des nombres et Martin Hairer, autrichien expert en équations aux dérivées partielles.

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Manjul Bhargava, Martin Hairer, Maryam Mirzakhani et Artur Avila

Pour revenir à la médaille d’Artur Avila,  elle place la France très largement en tête avec les Etats Unis au classement du nombre des récipiendaires par pays (avec une douzaine de chercheurs dans les deux cas). Evidemment, certains noterons malicieusement qu’Artur Avila, tout comme Ngo Bao Chau (médaille Field en 2010), ont été opportunément naturalisés français quelques mois avant d’être récompensés. Mais  une réalité demeure : les instituts parisiens (ENS, Collège de France, Institut H. Poincaré, Institut des hautes études scientifiques, Polytechnique, campus de Jussieu et d’Orsay…) font de la capitale un pôle d’excellence, et, avec plus de 1000 chercheurs en mathématiques, probablement la première place mondiale dans cette spécialité. Ainsi,  comme le titrait le quotidien Le Monde dans éditorial du 14 août, « En France, on n’a pas de croissance mais on a les maths ! ».

* Voir à ce sujet la conférence de Cédric Villani (médaille Fields 2010) «  la meilleure et la pire des erreurs de Henri Poincaré » facilement accessibles sur Internet

** Des préjugés tenaces comme ceux de nature paléontologiques  consistant à affirmer que les femmes maitrisent moins bien la géométrie, car, à la préhistoire, elles seraient restées cantonnées dans les cavernes tandis que les hommes s’appropriaient l’espace en allant à la chasse, ont parfois expliqué ce déséquilibre. Pourtant, rien ne validerait de telles différences seront la neurobiologiste Catherine Vidal, qui rend compte de ses recherches dans l’ouvrage « Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ? »(Ed .le Pommier).

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