Hanoi et ses étoiles…

Invité d’honneur du meeting annuel annuel de l’Institut de Recherche Avancée en Mathématiques dirigé par Ngo Bao Chau, Cédric Villani était cette semaine à Hanoi. En marge des conférences destinées aux universitaires (auxquelles ont pu participer M. Foucher et M. Hulot du LFI Duras !) les deux chercheurs, ont tenu le 24 août, une réunion publique à l’initiative de l’Institut Français. Devant un public jeune et enthousiaste, les deux médailles Fields (l’équivalent pour les mathématiques du prix Nobel) ont été accueillis sous des applaudissements nourris dignes de rock-stars ! Ensemble, pendant près de 2 heures, ils ont évoqué avec éloquence le rôle prépondérant de leur discipline dans les technologies du numérique (ordinateurs, téléphonies, GPS), de la médecine (cœur artificiel, imagerie médicale), de l’économie (modèles stochastiques). Ils ont également détaillé le rôle qu’ont pu tenir les mathématiques dans l’Histoire (*) et annoncé la réalisation à moyen terme de deux projets de musées qui leur tiennent à coeur: Un musée dédié aux mathématiques à Paris, un autres consacré aux sciences, à Quy Nhon, au centre du Vietnam.

Se montrant rassurant avec les jeunes écoliers et lycéens venus les écouter, Cédric Villani et Ngo Bao Chau ont indiqué qu’il n’est jamais trop tard pour progresser. Néanmoins, ils ont reconnu qu’un pallier est à franchir au collège : c’est en effet l’âge où l’on aborde les premières démonstrations, et où il faut travailler avec des grandeurs abstraites, traitées sous forme d’équations. Mais, d’une même voix, ils ont assuré que c’est en surmontant la difficulté, que l’on obtient les plus grandes fiertés et que l’on renforce l’estime de soi.

Au détour d’anecdotes personnelles pleines d’humour, ils ont apporté le conseil suivant pour les plus jeunes, inquiets face à leur avenir : il faut suivre ses passions ! (Ngo Bao Chau précisant que, quand on doit choisir entre deux chemins, si on hésite, « il faut se tourner vers celui qui est le plus beau ! »)

(*) A ce propos, on pourra lire la bande dessinée « Les rêveurs lunaires », dont Cédric Villani et Edmond Baudoin sont les co-auteurs. Cet ouvrage évoque le destin de quatre génies dont les recherches ont eu une influence sensible sur le cours de la deuxième guerre mondiale. Les mathématiques y sont présentes notamment à travers Alan Turing, le mathématicien qui a décodé les systèmes de cryptage nazi et rendu possible le débarquement allié en 1944.

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Cédric Villani et Ngo Bao Chau : une rencontre à ne pas rater !

Les deux chercheurs récipiendaires de la médaille Fields en 2010 se rencontrent à Hanoi à l’occasion du meeting annuel de l’institut vietnamien de recherche avancée en mathématiques les 22 et 23 août 2015.
Une réunion publique organisée par l‘Institut français à L’Espace le 24 août à 18h permettra à tous les amateurs de rencontrer ces deux figures influentes du monde scientifique, qui, on le sait, sont aussi des acteurs engagés sur les politiques éducatives  de la France et du Vietnam !

Venez nombreux !

 

 

 

Artur Avila redonne des couleurs au Brésil et à la France !

Comme tous les quatre ans, le congrès international des mathématiques, qui s’est tenu cette année à Séoul au mois d’août, a désigné une nouvelle promotion de lauréats pour la médaille Fields. Considérée, d’une certaine façon, comme le prix Nobel de mathématiques, cette distinction récompense les travaux éminents de chercheurs âgés de moins de quarante ans.

Une nouvelle fois, le dynamisme de la recherche française a été célébré avec la nomination d’Artur Avila,  35 ans, directeur de recherche d’origine brésilienne au CNRS, spécialisé dans l’étude des systèmes dynamiques. Cette dernière concerne les conditions de stabilité de mouvements d’astres en interactions par la force gravitationnelle (question extrêmement difficile dès que le nombre d’objets étudiés est supérieur ou égal à trois -Henri Poincaré s’est d’ailleurs « cassé » les dents en s’attelant au sujet*)  comme le regroupement de boules lancées sur des billards de différentes formes (les boules auraient tendance à se regrouper sur de billards carrés ou rectangulaires, mais pas sur d’autres types de surfaces !).

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Artur Avila recevant la médaille Fields des mains de la présidente Sud-Coréenne

Fait encore inédit, le congrès de Séoul, a récompensé une femme :  Maryam Mirzakhani,  chercheuse iranienne exerçant au Etats Unis, spécialiste des géométries sur les surfaces courbes. L’ancienne étudiante de Téhéran a reçu un hommage particulier, teinté de politique, compte tenu de son parcours dans un pays ou l’émancipation des femmes est un combat qui reste à gagner.

La presse a saisi l’occasion pour mettre à l’honneur quelques femmes faisant autorité dans leurs domaines, qui auraient pu prétendre à la distinction suprême. Libération, dans son édition du 27 juillet et Le Monde dans celle du 14 août ont, par exemple, évoqué la carrière de Laure Saint-Raymond, brillante scientifique, benjamine de l’Académie des sciences. Quand elle ne se prête pas à sa passion de violoncelliste (une carrière d’instrumentiste était sa vocation première), cette mère de 6 enfants, se penche sur les équations décrivant l’écoulement de fluides. Décrire les mouvements des fluides dans un tuyau est quelque chose de bien connu ; Laure Saint-Raymond, elle, s’occupe des océans. La difficulté de son travail est la prise en compte de beaucoup de paramètres comme l’influence du découpage des côtes, de la lune et des marées, de la rotondité de la terre, de la force de Coriolis ( force due à la rotation de la terre qui explique que l’eau « tourbillonne » autour du siphon, dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère sud, dans le sens contraire dans l’hémisphère nord, lorsque vous videz votre baignoire)…

Néanmoins, il reste à souligner que ces exemples masquent péniblement la faible représentation féminine dans les laboratoires de recherche en mathématiques. Alors qu’elle s’avèrent plus brillantes que les garçons au lycée ( les résultats  à l’épreuve de mathématiques dans toutes les séries du bac en attestent) les filles ne représentent plus que 30% des élèves de classes préparatoires scientifiques en ne sont plus que 18% à prendre des postes de maître de conférence dans les universités en mathématiques fondamentales **.

Signalons les autres lauréats : Manjul Bhargava, canadien spécialiste de la théorie des nombres et Martin Hairer, autrichien expert en équations aux dérivées partielles.

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Manjul Bhargava, Martin Hairer, Maryam Mirzakhani et Artur Avila

Pour revenir à la médaille d’Artur Avila,  elle place la France très largement en tête avec les Etats Unis au classement du nombre des récipiendaires par pays (avec une douzaine de chercheurs dans les deux cas). Evidemment, certains noterons malicieusement qu’Artur Avila, tout comme Ngo Bao Chau (médaille Field en 2010), ont été opportunément naturalisés français quelques mois avant d’être récompensés. Mais  une réalité demeure : les instituts parisiens (ENS, Collège de France, Institut H. Poincaré, Institut des hautes études scientifiques, Polytechnique, campus de Jussieu et d’Orsay…) font de la capitale un pôle d’excellence, et, avec plus de 1000 chercheurs en mathématiques, probablement la première place mondiale dans cette spécialité. Ainsi,  comme le titrait le quotidien Le Monde dans éditorial du 14 août, « En France, on n’a pas de croissance mais on a les maths ! ».

* Voir à ce sujet la conférence de Cédric Villani (médaille Fields 2010) «  la meilleure et la pire des erreurs de Henri Poincaré » facilement accessibles sur Internet

** Des préjugés tenaces comme ceux de nature paléontologiques  consistant à affirmer que les femmes maitrisent moins bien la géométrie, car, à la préhistoire, elles seraient restées cantonnées dans les cavernes tandis que les hommes s’appropriaient l’espace en allant à la chasse, ont parfois expliqué ce déséquilibre. Pourtant, rien ne validerait de telles différences seront la neurobiologiste Catherine Vidal, qui rend compte de ses recherches dans l’ouvrage « Les filles ont-elles un cerveau fait pour les maths ? »(Ed .le Pommier).

En toute logique

A lire : La déesse des petites victoires, premier roman de Yannick Grannec.petites victoires

Anna Roth, jeune documentaliste travaillant à l’IAS (Institute of Advanced Search), a la délicate mission de convaincre la veuve de Kurt Gödel de rendre publiques les archives qu’elle détient de son mari. De son côté, Adèle Gödel, ancienne danseuse, toute sa vie renvoyée à son image de femme légère, a une revanche à prendre sur l’establishment. Elle n’entend pas se laisser dicter ses choix, mais elle va nouer avec Anna une relation dans laquelle, pas à pas, elle révèlera sa vie, passée auprès de celui qui restera comme la plus grande figure de la logique formelle.

Yannick Grannec, en signant ce roman, nous retrace – entre autre – la vie de Kurt Gödel. Né à Brno (République Tchèque), puis étudiant à Vienne, ce mathématicien au talent précoce dû fuir aux Etats Unis en 1940 avec son épouse Adèle face à la montée du nazisme. Spécialiste de la logique, il a alors déjà signé le résultat majeur qui lui assurera la postérité : le théorème d’incomplétude(*). Malheureusement, de santé fragile, il est sujet à la dépression et à la paranoïa. Affecté à l’IAS, le temple de la recherche scientifique de Princeton, il nouera des relations amicales avec Albert Einstein. Passé quarante ans, Gödel s’isole de plus en plus pour laisser à sa mort, en 1978, de volumineuses archives sur ses travaux mathématiques et philosophiques qu’il refusait de publier, craignant de passer pour un fou.

Récompensé par le Prix des libraires 2013, La déesse des petites victoires est un roman extrêmement documenté qui, satisfera la curiosité de tous en relatant les débats qui ont animé mathématiciens, scientifiques et philosophes sur la représentation qu’ils avaient du monde au milieu du XXème siècle. C’est aussi l’histoire de deux femmes, qui vont tisser au fil de leurs rencontres une singulière relation…

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(*) Nos modèles mathématiques s’appuient sur des axiomes (par exemple « par deux points distincts donnés, il passe une droite et une seule ») à partir desquels nous démontrons des propriétés, des théorèmes, par raisonnement logique. Les travaux de Gödel nous apprennent que, pour un choix d’axiomes donné, il se peut que l’on puisse démontrer une chose et son contraire (inconsistance) et que certaines propriétés vraies sont impossibles à démontrer (incomplétude).
La découverte de Gödel est très profonde. En annonçant que la mathématique n’épuise pas toute la vérité, elle aboutit à la maturité d’une science par rapport à elle-même.

Les palindromes à 351 chiffres

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La semaine dernière, Cédric Villani, médaille Fields 2010 et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, demandait aux visiteurs du site Internet du quotidien Le Monde combien il existait de palindromes à 351 chiffres, puis, quelle était la plus petite différence entre deux de ces palindromes. Le premier défi d’une série à suivre…

Pour mémoire, un nombre palindrome est un nombre qui peut se lire indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche. Par exemple : 35053.

Voici la réponse à ces questions, avec leurs démonstrations…

 défi sur les palindromes à 351 chiffres

Conférence de Ngô Bảo Châu à Hô Chi Minh-Ville

Le Professeur Ngô Bảo Châu, de passage à Hô Chi Minh-Ville le vendredi 15 mars 2013, a tenu une conférence à l’Université Ouverte sur le thème « Comment apprenons- nous ?  » (“học như thế nào ?”) .

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Une douzaine de lycéens du Lycée Français International Marguerite Duras ont eu la chance d’être invités à se joindre à l’assemblée d’étudiants triés sur le volet, venus écouter le chercheur en mathématiques, lauréat de la prestigieuse médaille Fields en 2010.

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Texte intégral de l’allocution (en vietnamien)  :    conférence de Ngo Bao Chau

« Théorème vivant » : biopsie de la mathématique.

Exposé aux médias de façon retentissante après avoir obtenu la médaille Fields, Cédric Villani, chercheur atypique au look dandy, a acquis un statut de rock-star des mathématiques. Quid derrière les apparences ?

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Avec son livre Théorème vivant, Cédric Villani nous plonge dans ce qui fut son quotidien de chercheur entre 2008 et 2010. Une période où le travail qu’il accompli lui vallu la plus prestigieuse distinction en mathématiques.

Tout d’abord précisons-le clairement : bien que le lecteur sera captivé par nombre d’anecdotes sur quelques grandes figures des mathématiques,  Théorème vivant  n’est pas un ouvrage de vulgarisation.
Il faut bien l’avouer, les premières pages sont assez « monstrueuses » tant les propos formulés semblent abstraits, complexes et techniques. On y sentirait presque chez l’auteur une pointe désagréable d’autosatisfaction à évoquer de façon badine des formules qui écœureraient  n’importe quel étudiant sur le point de passer l’agrégation. Mais, au fil des pages, on comprend que là n’est pas l’essentiel, qu’il faut contempler ces calculs comme des images, sans forcément chercher à les comprendre… Pari audacieux pour un livre destiné au grand public : « il est communément admis en vulgarisation mathématique, et le plus souvent imposé par les éditeurs, qu’un texte rédigé pour tous ne doit contenir aucune formule » nous confie Cédric Villani…
En fait, ce sont les péripéties des recherches, menées avec Clément Mouhot, qui font le sel de ce récit et le rendent haletant. Les moments d’incertitudes, d’espoir, de découragement, d’euphorie, de fatigue, sont confessés, avec une sincérité totale. Les échanges de mails aux formules consignées en Latex, nous parlent dans un jargon inaccessible ? Peu importe, ils nous éclairent sur la passion, les intuitions des chercheurs et nous montrent qu’en mathématique ( sans « s » ! ) , « c’est comme dans un roman policier ou un épisode de Columbo : le raisonnement par lequel le détective confond l’assassin est au moins aussi important que la solution du mystère elle-même »
Le lecteur se passionnera pour la vie dans les laboratoires, l’univers de Princeton, l’émulation et les échanges entre scientifiques lors de colloques menés aux quatre coins du monde… Et aussi pour la façon dont la quête obsessionnelle de la preuve mathématique vient s’inviter dans le quotidien familial…

L’activité mathématique est bien plus humaine que vous ne le pensez !

A lire égalementhttp://cedricvillani.org/une-naissance-tant-attendue-theoreme-vivant/