La drôle de guerre d’Alan Turing

 

A l’heure où nous commémorons l’armistice du 8 mai 1945, il est bon de rappeler le rôle tenu pendant la guerre par un très grand mathématicien au nom injustement méconnu du grand public : Alan Turing.

turing1  Le film Imitation Game, sorti récemment, vient  heureusement le mettre à l’honneur. Ce chercheur britannique, a en effet œuvré de façon déterminante pendant les conflits de la seconde guerre mondiale aux côtés des militaires et des stratèges.

Recruté au début de la guerre de 1939 au centre de cryptographie de Bletchley Park au nord de Londres, Alan Turing, né en 1912, s’est déjà distingué par des travaux retentissants dans le domaine du raisonnement logique.

Pendant les conflits armés de cette période noire, les forces terrestres et aériennes de la  Wehrmacht communiquent sous forme des messages codés par une machine appelée Enigma. Turing étudiera minutieusement, dans le plus grand secret, le fonctionnement de cette machine complexe à l’aide d’un exemplaire subtilisé par les polonais. A son tour, il concevra une autre machine pour lutter contre Enigma, la Bombe. Les Bombes, fabriquées en série, examineront de façon mécanisée tous les réglages possibles d’Enigma (Il y en a mille millions de milliards, soit 10 puissance 18 !) afin décoder les informations et déjouer les stratégies adverses.

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La machine Enigma

Il réitèrera cet exploit sur une autre machine, l’Enigma utilisée par les sous-marins. Cette découverte sera décisive dans la réussite du débarquement, en gardant ouvertes, pour les navires alliés, toutes les routes de l’atlantique nord, en dépit des torpilleurs  allemands.

A la libération, la reconnaissance que Turing mérite reste confinée sous le sceau du secret militaire.

Concevant les principes du fonctionnement de l’ordinateur, et menant des réflexions approfondies sur l’intelligence artificielle, Alan Turing est également considéré aujourd’hui comme le père de l’informatique. Dans le domaine de la biologie, il s’est passionné pour la morphogénèse, en étudiant par exemple, les raisons pour lesquelles les animaux ont soit des taches soit des rayures sur leur pelage. Il propose des modèles convainquants sur ces pigmentations avec des équations de diffusion.

Malheureusement, homosexuel, il est rendu coupable d’ « indécence » et contraint à suivre une castration chimique. Nous sommes alors en 1950. Son physique d’athlète de haut niveau (Turing courait le marathon en 2h46minutes, un temps très proche de la qualification olympique) se métamorphose ; il sombre dans la déprime sous l’effet de ce traitement ignoble.

1954 : Turing est retrouvé mort dans son lit, avec, tout près de lui une pomme, à peine mangée, empoisonnée au cyanure. Il n’a que 42 ans… (Depuis, une légende urbaine tenace voit dans l’utilisation du fruit croqué comme logo par la marque Apple, un hommage implicite à Turing !)

Un pardon royal ne sera accordé qu’en 2013, par la reine Elizabeth II, réhabilitant Turing au rang qui lui est dû, celui d’une figure majeure de la science du 20ème siècle.

 A revoir : le reportage de la chaîne Arte, « La drôle de guerre d’Alan Turing, ou comment les mathématiques ont vaincu Hitler »

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